Devoir de vigilance
Clause imposant au sous-traitant les obligations de prévention des risques sociaux, environnementaux et de gouvernance découlant de la loi du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance.
Télécharger
Depuis 2017, les grandes entreprises ont l'obligation légale d'identifier et de prévenir les risques graves que leurs activités et celles de leurs sous-traitants font peser sur les droits humains, la santé, la sécurité et l'environnement. Sans clause contractuelle traduisant ces obligations, le plan de vigilance reste un document de façade, sans prise sur la réalité des chantiers et des relations de sous-traitance.
À qui s'adresse ce modèle ?
- Grandes entreprises assujetties à la loi du 27 mars 2017 (plus de 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde) qui sous-traitent des travaux ou des prestations
- Responsables RSE, achats et juridiques qui intègrent les exigences du plan de vigilance dans les contrats fournisseurs
- Entreprises générales BTP qui souhaitent étendre leurs obligations de vigilance à leur panel de sous-traitants, même en dehors du seuil légal
Ce que couvre ce modèle
- Référence explicite à la loi 2017-399 et aux obligations du plan de vigilance de l'entreprise donneur d'ordre
- Engagements du sous-traitant en matière de droits humains, conditions de travail et protection de l'environnement
- Obligations documentaires : fourniture des pièces attestant du respect des engagements (certifications, bilans, attestations)
- Droit d'audit du donneur d'ordre sur les pratiques du sous-traitant et de ses propres sous-traitants
- Mécanisme d'alerte et procédure en cas de manquement constaté
- Articulation avec les clauses de résiliation pour faute et de conformité réglementaire
La loi du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre a introduit une obligation inédite en droit français : les grandes entreprises doivent établir, publier et mettre en œuvre un plan de vigilance identifiant les risques graves liés à leurs activités et à celles de leurs sous-traitants. Cette obligation ne se satisfait pas d'un document annuel. Elle suppose une déclinaison contractuelle concrète dans les relations avec chaque partenaire.
Ce que la loi impose réellement
La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 s'applique aux sociétés françaises employant au moins 5 000 salariés en France ou 10 000 salariés dans le monde, en comptant les filiales directes et indirectes. Ces entreprises sont tenues d'établir un plan de vigilance comportant :
- Une cartographie des risques destinée à les identifier et les analyser
- Des procédures d'évaluation régulière de la situation des filiales, sous-traitants et fournisseurs
- Des actions adaptées d'atténuation des risques ou de prévention des atteintes graves
- Un mécanisme d'alerte et de recueil des signalements
- Un dispositif de suivi des mesures mises en œuvre et d'évaluation de leur efficacité
Le non-respect de ces obligations expose l'entreprise à une mise en demeure, puis à une injonction judiciaire et à l'engagement de sa responsabilité civile si un dommage survient en lien avec un risque qui aurait dû être couvert par le plan.
Ce cadre légal a des conséquences directes sur la gestion contractuelle des sous-traitants. La cartographie des risques et les procédures d'évaluation ne peuvent pas rester théoriques : elles doivent se traduire par des engagements contractuels opposables aux sous-traitants, faute de quoi l'entreprise ne peut pas démontrer qu'elle a pris les mesures adaptées.
Pour une analyse approfondie des obligations légales attachées à cette loi et de leur évolution récente, consultez notre article sur le devoir de vigilance du donneur d'ordre.
Les engagements à obtenir du sous-traitant
La clause de devoir de vigilance doit formaliser les engagements que le sous-traitant prend envers le donneur d'ordre dans trois domaines.
Les droits humains et les conditions de travail. Le sous-traitant s'engage à respecter les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du travail : interdiction du travail forcé, interdiction du travail des enfants, respect du droit syndical, non-discrimination. Il s'engage également à respecter les règles du droit du travail applicable : durée légale du travail, rémunération minimale, conditions d'hébergement pour les travailleurs déplacés. Ces engagements doivent s'étendre aux sous-traitants que le sous-traitant emploie lui-même, faute de quoi la chaîne de valeur reste opaque au-delà du premier rang.
La santé et la sécurité. Sur les chantiers BTP, cette dimension est particulièrement critique. Le sous-traitant s'engage à respecter les règles de sécurité applicables, à disposer des habilitations et certifications requises pour les travaux confiés, et à signaler sans délai tout incident ou accident survenu dans le cadre de la prestation. La clause peut renvoyer au plan de prévention et au PPSPS comme documents contractuels incorporés aux obligations de vigilance.
L'environnement. Le sous-traitant s'engage à respecter les réglementations environnementales applicables à ses activités : gestion des déchets, utilisation de produits dangereux, émissions, consommations d'eau et d'énergie. Pour les chantiers BTP, cela inclut notamment la traçabilité des déchets de chantier et le respect des obligations liées aux matériaux contenant de l'amiante ou du plomb.
Le droit d'audit : rendre les engagements vérifiables
Un engagement contractuel sans mécanisme de vérification reste une déclaration d'intention. La clause de devoir de vigilance doit prévoir un droit d'audit permettant au donneur d'ordre de s'assurer que le sous-traitant respecte effectivement ses engagements.
Ce droit d'audit doit être encadré pour être praticable :
- Préavis raisonnable : l'audit est annoncé avec un préavis suffisant, sauf en cas de manquement grave constaté qui justifie une vérification immédiate
- Périmètre défini : la clause précise ce que l'audit peut couvrir - documents, registres, visites de site, entretiens avec des représentants du personnel
- Fréquence : un audit annuel est généralement retenu comme référence, avec possibilité d'audit supplémentaire en cas de signalement ou de changement significatif dans la situation du sous-traitant
- Prise en charge des coûts : la clause précise qui supporte les frais de l'audit, selon qu'il est déclenché de manière systématique ou à la suite d'un manquement
Le droit d'audit peut être exercé directement par le donneur d'ordre ou confié à un tiers indépendant mandaté à cet effet. La clause doit prévoir les deux possibilités.
Pour centraliser le suivi documentaire des sous-traitants et alerter sur les non-conformités, notre solution de documents et conformité permet d'automatiser la collecte et la vérification des pièces attestant du respect des engagements de vigilance.
Le mécanisme d'alerte et la procédure en cas de manquement
La loi impose un mécanisme de recueil des signalements. La clause doit décliner cet impératif dans la relation avec chaque sous-traitant en précisant comment un manquement peut être signalé et comment il sera traité.
Deux niveaux de manquement méritent d'être distingués.
Le manquement mineur ou ponctuel. Un document manquant, un écart de procédure, une non-conformité ponctuelle sur un aspect secondaire. La clause prévoit une mise en demeure avec délai de régularisation, sans conséquence immédiate sur le contrat si la correction intervient dans les délais.
Le manquement grave ou persistant. Une atteinte aux droits fondamentaux, un accident grave dissimulé, un refus de se soumettre à l'audit, un sous-traitant de rang deux dont les pratiques sont incompatibles avec les engagements pris. La clause doit prévoir la possibilité de résilier le contrat pour faute sans indemnité, après mise en demeure restée sans effet dans un délai réduit.
Cette articulation avec la clause de résiliation pour faute est indispensable pour que la clause de devoir de vigilance ait un effet dissuasif réel.
Extension aux sous-traitants de rang deux et au-delà
La loi ne limite pas les obligations de vigilance au premier rang de sous-traitance. La cartographie des risques doit couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur, y compris les fournisseurs et sous-traitants des sous-traitants. La clause doit en tirer les conséquences contractuelles : le sous-traitant s'engage à répercuter des obligations équivalentes à ses propres sous-traitants et à fournir au donneur d'ordre, sur demande, la liste de ses sous-traitants de rang deux et les garanties obtenues de leur part.
Pour une vision complète des enjeux liés à la sous-traitance de second rang et des obligations spécifiques qui s'y attachent, consultez notre article dédié.
L'ensemble des clauses RSE et conformité disponibles dans notre bibliothèque de modèles de contrats vous permettent de construire un socle contractuel cohérent avec votre plan de vigilance.
Questions fréquentes
Non. La loi du 27 mars 2017 ne s'applique qu'aux sociétés françaises dépassant 5 000 salariés en France ou 10 000 salariés dans le monde, filiales incluses. Les entreprises en dessous de ces seuils n'ont pas d'obligation légale d'établir un plan de vigilance. Elles peuvent néanmoins se voir imposer des engagements contractuels de vigilance par leurs donneurs d'ordre assujettis à la loi, dans le cadre de leur relation de sous-traitance. L'extension contractuelle est donc possible et fréquente, indépendamment du seuil légal.
Une entreprise mise en demeure de respecter ses obligations et qui n'y donne pas suite dans un délai de trois mois peut faire l'objet d'une injonction judiciaire. Si un dommage survient en lien avec un risque qui aurait dû être couvert par le plan de vigilance, sa responsabilité civile peut être engagée devant le tribunal judiciaire de Paris, seul compétent pour ces litiges depuis la loi du 22 décembre 2021. Les associations, syndicats et collectivités territoriales concernés par le dommage ont qualité pour agir.
La preuve repose sur la documentation collectée tout au long de la relation contractuelle : certifications sectorielles, bilans sociaux et environnementaux, rapports d'audit, attestations sur l'honneur pour les points non couverts par des certifications. La clause doit imposer la remise périodique de ces documents et prévoir leur archivage. En cas de litige, c'est la traçabilité de la démarche qui permettra au donneur d'ordre de démontrer qu'il a pris les mesures adaptées, même si un dommage est survenu malgré ces précautions.
Une référence explicite à la loi du 27 mars 2017 est recommandée pour deux raisons. Elle ancre la clause dans un cadre juridique précis, dont les obligations et les sanctions sont définies, ce qui renforce son caractère contraignant. Elle permet également d'anticiper les évolutions réglementaires : la directive européenne CSDDD, dont la transposition est en cours, devrait étendre ces obligations à un périmètre d'entreprises plus large et renforcer les mécanismes de sanction. Une clause référencée à la loi nationale sera plus facilement mise à jour pour intégrer les nouvelles exigences qu'une clause rédigée en termes purement généraux.
Simplifiez la gestion de vos sous-traitants
Centralisez partenaires, conformité, missions et contrats dans une seule plateforme pensée pour les entreprises de toutes tailles.